Hibou Grand-duc Bubo buboGrand Duc

Longueur :male;63-68 cm, femelle; 67-73 cm Envergure : 160/170 cm en moyenne Poids (Europe centrale) : 1700-2100 g (moyenne 1900 g)femelle: 2200-3000 g (moyenne 2600 g)

Présence. En Europe centrale et occidentale, le Hibou grand-duc est un oiseau nicheur rare qui avait disparu de nombreuses régions et a été réintégré ça et là. La protection dont il bénéficie a favorisé une augmentation d'effectifs et en outre il dispose localement d'une alimentation plus régulière (rats dans les dépôts d'ordures, concentrations hivernales d'oiseaux d'eau sur les réservoirs). En Europe occidentale on le trouve surtout en basse et moyenne montagnes dans les falaises et les carrières où il niche.

Caractères distinctifs. Le plus grand rapace nocturne d'Europe; deux fois plus grand que le Hibou moyen-duc. En raison de sa taille, de sa silhouette massive, de sa tête volumineuse surmontée de grandes aigrettes et de ses gros yeux rouge orangé, on ne peut le confondre avec un autre oiseau. Plumage brun roussâtre dessus, taché et rayé de brun noir; dessous plus clair, fauve avec des stries longitudinales brun foncé et des zébrures transversales de même couleur. Les aigrettes (environ 8 cm de long) sont normalement horizontales et quelque peu repliées en arrière; l'oiseau les dresse verticalement s'il est excité par un dérangement. Quand le Grand-duc crie (en gardant le bec fermé) sa gorge blanche gonflée devient visible et dans la pénombre elle constitue un signal optique. En vol, la grosse tête et les longues ailes assez larges sont typiques. La femelle est nettement plus grande que le mâle.

Comportement. Principalement actif au crépuscule et la nuit ; durant l'élevage des jeunes, chasse aussi dans la journée. Autrement, passe le jour caché dans la cime d'un arbre ou dans une fente de rocher. Le soir, dans l'heure suivant le coucher du soleil et avant de partir en chasse, le mâle lance quelques cris (même en dehors de la période des parades nuptiales), souvent perché en haut d'un rocher ou d'un arbre. Reste silencieux quand il pleut ou que le vent souffle. Vol silencieux. Sur une grande distance le vol battu est toujours entrecoupé de glissades en vol plané; pratique aussi le "vol à voile". A l'aube, le mâle regagne son perchoir diurne environ une demi-heure avant le lever du soleil.

Voix. Le Hibou grand-duc doit son nom scientifique à son cri le plus fréquent, un "bouho" grave, pas très fort, audible à grande distance cependant. Cet appel est lancé par les sujets des deux sexes mais surtout le mâle, principalement au cours des parades nuptiales (février-mars); on l'entend au crépuscule et la nuit. L'intervalle entre deux cris est de quelques secondes et ils sont souvent répétés en longue série. Le mâle lance également quelques cris le soir, aux autres saisons, davantage en octobre (parades d'automne). Le "ou ou" de la femelle est un peu plus aigu que celui du mâle, ce qui permet de distinguer les appels des membres d'un couple. Pendant les parades, les cris sont groupés en une sorte de trémolo "hohohoho". A l'époque de la reproduction la femelle se contente souvent d'émettre un cri de "mendicité", sorte de "gweing" enroué, qui répond au "bouho" du mâle. Les jeunes, prêts à l'envol ou déjà envolés, réclament à manger avec de forts chuintements "ché-ché" qui trahissent leur présence.

Répartition et effectifs. Le Hibou grand-duc existe dans presque toute l'Eurasie(sauf l'extrême nord) où l'on distingue plusieurs sous-espèces et en Afrique du Nord. Il paraît encore assez commun en Scandinavie et en Finlande mais a disparu depuis fort longtemps des Iles Britanniques et du Danemark. En Europe centrale il vit dans les montagnes moyennes et les Alpes (1000 couples environ): RFA, 250; RDA, 50; Pologne, 70; Tchécoslovaquie, 300; Hongrie, 30; Autriche, 30. En France, il existe dans le Massif Central, les Alpes, les Pyrénées; au total en 1985 on pensait qu'il pouvait y avoir 500 à 700 couples dont 300 à 400 dans le sud-est. En Belgique il a niché en 1982 et en 1983. En Suisse il y en a environ 100 couples. Il ne niche plus depuis 1930 au Luxembourg.

Habitat. Paysages variés, accidentés, avec forêts et surfaces non boisées ; souvent près des lacs, rivières ou fleuves. Pour nicher, préfère les parois de rocher (falaises, carrières) mais peut également s'installer en terrain peu escarpé s'il est tranquille. Chasse dans les milieux ouverts ou les peuplements forestiers assez clairs, dans les Alpes jusqu'à 2800m.

Territoire. Densité. Dans les lieux les plus favorables la densité est parfois assez élevée: dans le Jura franconien (RFA) on a recensé 7 couples sur 100 km carrés, les distances minimales entre sites de nidification étant de 1,8 à 2,8km. En Provence sur 140 km carrés on a même trouvé 28 couples nicheurs (distances minimales entre "nids": 1,2 à l ,6 km). Par contre, dans les Alpes suisses les sites de nidification les plus proches sont distants de 6 à 7 km. Le domaine vital d'un couple couvre au moins 500 ha et au maximum 3000. A l'époque de la reproduction une surface de 150 hectares autour du "nid" représente le territoire, défendu contre les congénères étrangers. Les terrains de chasse de couples voisins peuvent se recouvrir. Chasse. Régime. Chasse aussi bien à l'affût qu'en vol, et repère ses proies surtout avec son ouïe. L'alimentation du Hibou grand-duc a fait l'objet de nombreuses études dans divers pays européens. Toutes montrent qu'en général le régime est très varié et que les proies les plus abondantes sont chassées intensément : c'est le cas du Hérisson en Thüringe (RDA), dans le nord de la Bavière, en Bulgarie, du Campagnol terrestre dans le sud-est de la Suède, du Lapin de garenne en Provence, du Hamster, des levrauts et de la Perdrix grise en Basse-Autriche, des oiseaux marins sur les côtes de Norvège. Presque partout on constate aussi que le Grand-duc prend beaucoup de rats, de souris et de mulots (entre 24 et 43%). Il capture également des oiseaux, notamment des corbeaux, pigeons et d'autres rapaces diurnes et nocturnes. Pelotes. En moyenne 72mm de long sur 34mm de large. En général leur taille empêche toute confusion avec celle d'autres espèces (sauf les pelotes anormales de la Chouette hulotte et de l'Effraye).

Reproduction. Maturité sexuelle survenant à 2 ans chez certains sujets. Monogamie durable. Délimitation du territoire et accouplement pendant les parades d'automne; les véritables parades nuptiales ont lieu en février-mars. Niche dans une paroi de rocher creusée de dépressions ou traversée de corniches, dans les carrières ou encore dans les pentes où il y a des creux, des rochers surplombants. En plaine, niche par terre en l'absence de rochers, parfois dans un vieux nid de rapace diurne ou de Héron cendré. Partout la tranquillité et un espace nécessaire à un envol aisé sont indispensables. Les sites favorables sont souvent utilisés pendant de nombreuses années. La femelle gratte dans la terre une dépression peu profonde, d'environ 30 cm de diamètre. Ponte: généralement en mars. Elle comprend 2-3 parfois 4, exceptionnellement 5 œufs (en moyenne 59,8x49,5mm; 80g).Intervalle de ponte: 3-4 jours. Début de l'incubation à partir du premier oeuf. Durée de l'incubation: 34 jours. A l'éclosion les jeunes pèsent environ 60 g et sont couverts de duvet blanc ; le duvet intermédiaire est jaune brunâtre avec de fines barres transversales foncées. A l'âge de 4-5 semaines les jeunes quittent le site du nid (si cela est possible) et se cachent aux environs. Dans les falaises ils restent sur place jusqu'à ce qu'ils puissent voler, c'est-à-dire 9 semaines. Les adultes les nourrissent encore pendant trois mois jusqu'à l'émancipation en septembre-octobre ; dès lors ils quittent le territoire parental.

Déplacements. Les adultes sont généralement sédentaires et fidèles toute leur vie à leur domaine. Les jeunes vagabondent après l'émancipation mais le plus souvent s'éloignent à une quarantaine de kilomètres de leur lieu d'origine (maximum connu 205 km). Le baguage a prouvé qu'il y avait des échanges entre certaines populations, par exemple celles de Thüringe et de Franconie en Allemagne.

Mortalité. Environ 46% la première année après l'envol et environ 23 % par la suite. La mortalité des Grands-ducs réintégrés dans la nature est deux fois plus forte.

Longévité. En nature, au moins 19 ans jusqu'ici; en captivité, plusieurs fois 28 à 34 ans, une fois 53 ans et une fois 68 ans.

Menaces. La spectaculaire raréfaction du Hibou grand-duc au cours des précédentes décennies était due essentiellement aux persécutions des chasseurs. Aujourd'hui ce sont surtout les collisions avec les câbles, les autos et les trains, ainsi que les dérangements sur les sites de nidification qui mettent l'espèce en danger.